INTERDIRE L’ABATTAGE RITUEL SANS ASSOMMAGE EST UNE DÉCISION INJUSTE, INCOHÉRENTE, DISCRIMINATOIRE ET CONTRE-PRODUCTIVE !

PRÉAMBULE

Pour les aliments d’origine animale c’est l’illicéité (harâm) qui prime, sauf quand les Textes disent le contraire.
Parmi les espèces animales, nous pouvons distinguer :
  • Les animaux d’origine terrestre : herbivores (ovins, bovins, etc.), carnivores (félins, etc.)
  • Les animaux d’origine aquatique : poissons, crustacés, autres animaux marins,
  • Les oiseaux : granivores (coqs, poules, dindes, etc.), carnassiers comme les rapaces.
Nous allons maintenant détailler – sans être exhaustif – les principaux animaux licites et illicites à la consommation, notamment les plus communs à nos habitudes alimentaires.
Les principaux versets relatifs à la consommation des viandes révèlent quatre interdits principaux. Rappelons pour mémoire ces versets :
« Ô vous les croyants ! Mangez des (nourritures) licites que Nous vous avons attribuées. Et remerciez Dieu, si c’est Lui que vous adorez. Il vous interdit la chair de la bête morte, le sang, la viande de porc et ce sur quoi on a invoqué une autre divinité que Dieu. Il n’y a pas de péché sur celui qui est contraint sans toutefois abuser ni transgresser, car Dieu est Pardonneur et Miséricordieux. » [Coran 2/172-173]
Sont donc interdits :
  • Le porc.
  • Le sang.
  • La bête abattue dans une autre intention que pour Dieu: notamment  une bête sur laquelle on a invoqué une autre divinité que Dieu au moment de l’abattre ou la bête immolée sur les pierres.
  • la bête morte (mayta) et ses variantes : la bête étouffée, la bête qui meurt par assommage, la bête qui meurt suite à une chute, la bête qui meurt suite à un coup de corne, ou celle dont le corps a été partiellement dévoré par un autre animal.

LES ANIMAUX TERRESTRES LICITES A LA CONSOMMATION

La liste des animaux licites à la consommation, après abattage rituel, ne peut être dressée de manière exhaustive. C’est l’inverse qui peut être fait plus facilement. Mais nous pouvons néanmoins dresser certaines catégories :
  • Les bêtes mentionnées dans le Coran et la Sunna, sous le vocable de an‘âm, sont les animaux domestiques élevés pour des besoins de consommation alimentaire, mais qui peuvent aussi servir à d’autres utilisations. On y trouve les ovins, les bovins, les caprins, les camélidés.
  • Les mêmes bêtes sous forme sauvage, et les espèces apparentées (bison, cerf…).
Le fait qu’ils soient pour la plupart herbivores ne constitue pas une clé de classification, mais les savants sont unanimes (ijmâ‘) pour considérer ces animaux licites à la consommation, quand ils sont abattus rituellement bien sûr.
Seuls certains animaux, domestiques ou sauvages, herbivores, sont objet de divergences, notamment les animaux servant de monture comme l’âne domestique, le cheval, le mulet ou encore les insectes et certains amphibiens (grenouilles), mais nous le verrons plus bas.

LES ANIMAUX TERRESTRES ILLICITES A LA CONSOMMATION

1. Le porc

Les trois versets précisent que la consommation de chair ou de graisse de porc est spécifiquement interdite, que le porc soit domestique ou sauvage[3], qu’il ait été saigné ou non. Les versets sont suffisamment clairs pour ne pas nécessiter de débat.
En outre, à l’instar du vin, d’autres interdictions entourent le porc, notamment l’interdiction d’en faire commerce. En effet, Abû Hurayra rapporte que le Prophète a interdit le vin, la bête morte et le porc, ainsi que le produit de leur commerce.

 

2. Le sang
Les versets 172-173 de la sourate 2 interdisent la consommation du sang mais un autre verset apporte une précision supplémentaire : « le sang qu’on a fait couler ».
« Dis : “Dans ce qui m’a été révélé, je ne trouve d’interdit, à aucun mangeur d’en manger, que la bête (trouvée) morte, ou le sang qu’on a fait couler, ou la chair de porc – car c’est une souillure – ou ce qui, par perversité, a été sacrifié à autre que Dieu.” Quiconque est contraint, sans toutefois abuser ou transgresser, ton Seigneur est certes Pardonneur et Miséricordieux. » [Coran 6/145]
Ibn ‘Abbâs précise que cette particularisation (takhsîs) tend à montrer que Dieu interdit le sang qui est extrait du corps, non celui qui est contenu dans la chair ou les organes. Dans le même sens, le grand savant ‘Ikrima[4] affirme que, n’était-ce cette particularisation, les musulmans chercheraient à ôter toute trace de sang présente dans la chair ou les veines, comme le font les juifs. Ibn Rushd abonde lui aussi dans ce sens en affirmant que le sang est celui qui sort de la bête abattue selon le rite islamique (dhakât).
3. La bête abattue au nom d’une autre divinité que Dieu
Là encore, les versets coraniques qui évoquent les interdits alimentaires précisent :
- « [celle qui] a été sacrifiée à autre que Dieu », [Coran 6/145]
- Et « la bête immolée sur les pierres (les autels consacrés aux dieux du temps des Arabes polythéistes) », [Coran 5/3]
Nous sommes là dans le domaine de l’intention. En islam, c’est elle qui anime l’acte et lui donne une vocation saine ou mauvaise. C’est en la jugeant que Dieu accepte ou non un acte (toute bonne œuvre par exemple), qu’Il valide ou refuse un acte rituel (la prière, la zakât…), et qui, dans notre cas, rend une chair licite ou illicite à la consommation et à l’utilisation. Ainsi, toute bête abattue pour la consommation doit l’être au Nom de Dieu uniquement.
Toute bête sur laquelle on invoque ou on associe un autre nom que celui de Dieu – quand bien même on invoquerait le Prophète – n’est pas considérée comme licite, même si l’abattage a été fait fidèlement au rite musulman.
4. La bête déjà morte (mayta)
Pour qu’une bête soit licite à la consommation, il faut qu’elle meure des suites de la chasse ou de l’abattage musulman. Ainsi, toute bête trouvée déjà morte (mayta), quelles que soient les causes de sa mort, est illicite[5]. Un verset détaille certaines catégories de bêtes mortes :
  • la bête morte étouffée par exemple par son cordage ;
  • la bête qui meurt assommée par un objet contondant, c’est-à-dire non coupant ni perçant qui aurait pu faire couler son sang ;
  • la bête qui meurt des suites d’une chute ;
  • la bête qui meurt suite à un coup de corne ;
  • celle dont le corps a été partiellement dévoré par un autre animal, même si son prédateur l’a attaquée à la gorge et a provoqué, de ce fait, la sortie de sang. Ce qui reste de la bête est considéré comme bête morte, et est donc illicite.
Animaux mourants ou blessés
Par contre, si la bête est mourante et qu’il reste un souffle de vie en elle, alors elle peut être abattue selon le rite islamique, la condition étant qu’elle soit abattue avant qu’elle ne rende son dernier souffle. C’est ce que précise le verset : «  [...] sauf celle que vous égorgez avant qu’elle ne soit morte. » [Coran 5/3]
Les savants sont unanimes sur la nécessite de s’assurer que la bête est bien vivante. Par contre, ils ne sont pas tous d’accord sur la détermination des signes qui prouvent qu’elle est encore en vie.
Pour la grande majorité, il suffit qu’il y ait encore un souffle de vie dans la bête. Ibn Kathîr précise qu’il faut chercher tout signe de vie, par exemple observer si sa queue, son œil ou une patte bouge. Tel est l’avis majoritaire (jumhûr) des imams dont Abû Hanîfa, Shâfi‘î, Ahmad[6].
Si la bête tombe dans un endroit difficile d’accès, au point où l’homme peinerait à parvenir à elle avant qu’elle ne rende son dernier souffle, on peut alors la tuer par une arme transperçante et/ou coupante (‘aqr) qui ferait couler son sang. Cela suffit à la rendre licite, tant que la mort n’est pas provoquée par la chute elle-même.
Dans ce sens, on demanda au Prophète (paix et bénédictions sur lui) : « L’égorgement dhakât ne doit-il se faire que sur la gorge et le collet ? » Il répondit : « Si tu l’atteins dans la cuisse, cela suffira. »
Abû Dâwûd, Tirmîdhî et les autres savants précisent que cette mise à mort doit rester exceptionnelle et que cela n’est valable que dans les cas de chute, d’asphyxie, etc. On appliquera autant que possible la méthode d’abattage rituelle traditionnelle.
Ibn Qudâma écrit que si la bête n’est animée que des soubresauts de la mort, alors elle devient illicite à la consommation. Mais, par contre, s’il lui reste suffisamment de vie pour qu’elle puisse être égorgée, elle devient alors licite, cela même si on ne sait pas si elle pourra survivre de ses blessures ou non. Il conclut en disant : « L’avis le plus juste est que si la bête est encore en vie durant le laps de temps qui suffirait à l’égorger, et que le sang coule, elle est alors licite. »
5. Les morceaux de corps d’animaux vivants
La mutilation est formellement interdite en islam. Ainsi, toute partie ou membre ôté à la bête alors qu’elle est encore en vie est illicite[7]. Un hadith très explicite vient appuyer cela : Abû Wâqid al-Laythî rapporte que le Prophète (paix et bénédictions sur lui), en venant à Médine, trouva des gens en train de couper les bosses des dromadaires et les cuisses des ovins. Il dit : « Ce qui est coupé de la bête, alors qu’elle est encore vivante, est considéré comme bête morte (mayta). »
Cas du gibier
Si la chasse est autorisée en islam, elle est cependant réglementée. Le chasseur ne doit chasser que pour se nourrir et doit assurer à sa proie un minimum de souffrance. Ainsi seules les armes tranchantes, à même de transpercer le corps de la bête pour en faire couler le sang, sont autorisées et rendent ainsi la proie licite à la consommation. Toute bête qui succombe après avoir été chassée avec une pierre ou un objet contondant est considérée comme bête morte (mayta), et devient donc illicite à la consommation. Ceci est tiré de nombreux hadiths.
Le Compagnon ‘Udayy Ibn Hâtim rapporte qu’il demanda au Prophète (paix et bénédictions sur lui) ce qu’il pensait de la chasse au mi‘râd (un lourd bâton portant à une extrémité une lame métallique, mais parfois sans lame, selon la définition de Nawawî). Le Prophète répondit : « “Si [le chasseur] tue la proie avec la pointe, tu peux en manger. S’il la tue avec la largeur [de l’arme][8], alors la proie devient (bête morte[9]).” » Le Compagnon continue : « Puis je l’ai questionné sur la chasse à l’aide de chiens, il répondit : “Mange ce que [ton chien] chasse pour toi, car le fait qu’il attrape la proie [pour toi] est en soi un abattage rituel (dhakât). Mais si ton ou tes chiens sont accompagnés d’autres chiens, ou si tu as peur que ton chien ait chassé et tué une bête pour lui-même, alors n’en mange pas car, toi, tu as envoyé ton chien en disant la basmalah, mais tu ne l’as pas fait pour les autres chiens.” »
Les animaux à crocs et les oiseaux à serres
Dans la tradition musulmane, certains animaux à crocs et les oiseaux à serres sont illicites à la consommation. Selon Ibn ‘Abbâs, le Prophète a « déconseillé/interdit (de manger la chair) des animaux à crocs parmi les félins et les oiseaux à serres. »
Mais l’interdiction ne concerne pas tous les carnassiers. Selon Ibn al-Qayyim, il s’agit notamment des animaux qui se servent de leurs crocs pour attaquer les humains, comme les félins, les loups, etc. C’est aussi l’avis de l’imam Shâfi‘î et de Nawawî.
Abû Hanîfa, Shâfi‘î, Ahmad et Dâwûd, eux, interdisent la consommation de la chair des félins à crocs. Par contre, l’imam Mâlik demande seulement de s’abstenir (karâha), sans pour autant l’interdire (tahrîm)[10], même si une partie de ses disciples l’interdisent formellement.

DE QUELQUES ESPÈCES SUJETTES A DIVERGENCE

Les savants divergent concernant certains animaux, comme l’âne, le cheval ou le mulet. Certains les considèrent licites à la consommation alors que d’autres les interdisent.

1. Ânes et chevaux

  • Ânes domestiques et mulets : La majorité des savants considère illicite (harâm) le fait de consommer des ânes domestiques et des mulets. Cependant, selon certaines sources, Ibn ‘Abbâs et ‘Âïsha les considéraient licites à la consommation. L’imam Mâlik, lui, opte pour le principe de réprobation (makrûh) : l’acte est blâmable sans pour autant entraîner de sanctions.
  • Les chevaux : Mâlik et Abû Hanîfa interdisent leur consommation ou la déconseillent selon certains avis, alors que la majorité des savants, notamment Shâfi‘î, Ahmad Ibn Hanbal, Abû Yûsuf, le Compagnon Ibn Zubayr, et les Successeurs ‘Atâ’, Hasan al-Basrî et Sa‘îd Ibn Jubayr considèrent que la consommation du cheval est licite (halâl) en se basant sur deux textes authentiques :
    • – « Le Prophète a déconseillé, les jours de Khaybar, la consommation des chairs des ânes et nous a permis celle des chevaux. »
    • – Asmâ’ rapporte : « Nous avons égorgé un cheval, du temps du Prophète, que nous avons mangé. »

Enfin, Mâlik et Awzâ‘î n’y voient qu’une réprobation (makrûh), car si rien pour eux ne l’interdit, il faut prendre en considération la noblesse de l’animal.

 

2. Insectes

Abû Hanîfa et Shâfi‘î interdisent (harâm) la consommation des insectes. Cependant, pour l’imam Mâlik, Awzâ‘î et d’autres, ils sont licites à la consommation.

Les savants qui interdisent s’appuient sur les coutumes (‘urf) qui considèrent que leur consommation est répugnante. Les seconds, qui considèrent le caractère licite de la consommation, se basent sur l’absence de Textes clairs qui les interdiraient et sur le fameux verset : « Dis : “Je ne trouve dans ce qui m’a été révélé aucun interdit…” » [Coran 6/45]

UNE DÉCISION CONTRE-PRODUCTIVE

Enfin et pour conclure, l’interdiction de l’abattage sans étourdissement sera totalement contre-productive par rapport à la volonté affichée de réduire les souffrances infligées aux animaux.
Elle aura en effet deux effets contradictoires immédiats :
- Tout d’abord, cela conduira à un accroissement du transport des animaux élevés en Europe vers des pays voisins qui autorisent l’abattage sans étourdissement, rendant plus pénibles  encore les conditions de vie de ces animaux sans leur épargner un abattage sans  étourdissement.
- Et ensuite, cela impliquera une augmentation de l’importation de viande en provenance de  pays plus laxistes en matière de bien-être animal.

CONCLUSION

Interdire l’abattage rituel sans assommage est une décision injuste, incohérente, discriminatoire, hypocrite et  totalement contre-productive.
La cause légitime de la défense du bien-être animal ne gagnera pas à devenir le prétexte invoqué justifiant des discriminations à l’encontre de communautés religieuses juive et musulmane. Une approche simpliste et binaire qui opposerait les « bons » défenseurs d’un bien-être animal face à la « sauvagerie » de l’abattage cultuel ne servirait finalement que la cause de ceux qui ne se soucient du bien-être animal que lorsque cela devient un moyen facile de monter les communautés les unes contre les autres.
Si encadrer les méthodes d’abattage (cultuel ou non) pour que l’individualité et la sensibilité animales soient  respectées s’avère être une impérieuse nécessité, cela ne peut se faire en enfreignant les principe de liberté religieuse et de non-discrimination consacrées dans notre Constitution et dans la Convention européenne des  droits de l’homme.

Tu veux diffuser cette information ?

HAUT

Restez informés de l'évolution du halal en Europe

Vous êtes maintenant abonné !

REJOINDRE LE COLLECTIF

Rejoignez le collectif Halal en Danger afin de défendre notre liberté de culte

You have Successfully Subscribed!